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LES OBSCURES RELATIONS FRANCO-AFRICAINES(Suite)
CES MESSIEURS AFRIQUE (suite)


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Ces MESSIEURS AFRIQUE (suite)


Historiquement au milieu du gué, la France a quitté la rive des réseaux, sans atteindre celle des lobbies. Dans cette transition, à ne pas prendre garde, on risque de se noyer dans la confusion : des réseaux existent toujours - c'est un pléonasme - au sein de l'État, comme celui des militaires ayant fait carrière sur le continent ; des pans de réseaux, comme par exemple la pétrolière Elf, ont été formellement privatisés, mais n'ont pas encore achevé leur mue en lobbies ; enfin, des lambeaux d'anciens réseaux ayant également quitté le giron de l'État se sont effilochés au point de ne perdurer qu'à travers des individus, des « lobbyistes » si on veut. La cause de ces derniers est individuelle, particulière. Ce qui ne les empêche pas d'avoir, et de défendre, une certaine idée de la France, de l'Afrique. Toutefois, même s'ils nouent entre eux des contacts, voire forment des alliances pour mutuellement se renforcer, il ne s'agit là ni d'un lobby ni, à plus forte raison, d'un réseau. Ce n'est pas parce que, par exemple, l'avocat Jacques Vergès, présent en Afrique, et l'ex-super-gendarme de l'Élysée, Paul Barril, également actif sur le continent, se font la courte échelle qu'ils forment un lobby - pour la défense de quels intérêts, sinon des leurs, momentanément convergents ? - et encore moins un réseau. Sauf, bien sûr, si l'un ou l'autre « roulait » pour un homme politique, une mouvance ou un parti qui impliquerait l'État dans l'accomplissement d'une « mission », dont l'avocat et le gendarme deviendraient alors des exécutants auxiliaires. Que l'un ou l'autre ait, par amitié, par affinité ou en raison d'anciennes fonctions exercées, des contacts ou des « relais » au sein de l'État brouille l'image mais, sur le fond, ne change rien. Me Vergès et le capitaine Barril n'engageraient la France qu'à condition d'être, au sens fort et foccartien, en « mission commandée ». Dans les pages qui suivent, il faudra être parfaitement clair et, surtout, rigoureux quant aux termes employés. Pour nous, un réseau est une association informelle, voire secrète, d'individus qui, fonctionnaires ou non, poursuivent des objectifs communs dont la réalisation implique l'État et, en dernier ressort, la Nation ou une autre « idée élevée ». Un lobby, en revanche, est un groupe de pression ipso facto, c'est-à-dire une association d'individus dont les objectifs poursuivis se suffisent à eux-mêmes, que la réalisation de ces objectifs implique ou non l'État. Enfin, des individus agissant dans la poursuite de leurs intérêts particuliers peuvent être désignés comme lobbyistes. Il est cependant essentiel de garder à l'esprit que ces démarcheurs, même s'ils s'assurent des appuis au sein de l'État ou s'associent ponctuellement entre eux, ne forment ni un lobby - parce qu'ils n'arbitrent pas leurs intérêts particuliers au sein d'une instance prévue à cet effet et ne se hissent donc pas au niveau d'intérêts catégoriels - ni un réseau. Pour se constituer en réseau, leur rapport à l'État et ses serviteurs devrait transcender l'instrumentalisation, revêtir un caractère autre qu'intéressé. Tout ceux qui, en France, ont partie liée avec le continent noir ne forment donc pas, à nos yeux, le grand réseau ou lobby africain. Que les membres de ce qu'on appelait, du temps où la France était engagée dans des conquêtes outre-mer, le « parti colonial » se connaissent entre eux, qu'ils aient certains intérêts en commun, comme par exemple celui de « faire parler de l'Afrique » ou de « valoriser le continent », importe peu. Si, par relâchement de langage, réseau et lobby sont devenus des termes presque interchangeables dans la vie de tous les jours, il est dans les chapitres ci-après essentiel de les distinguer. Les « amis de l'Afrique » ne sont donc ni un réseau ni un lobby, bien qu'ils constituent - pour s'aider d'un anglicisme - un network, c'est-à-dire un réseau au sens technique, comme on parle d'un réseau ferroviaire. Conclusion, un peu paradoxale à première vue : un réseau de contacts et même de sources d'informations n'est pas nécessairement, et loin s'en faut, un réseau au sens fort, foccartien. Car même un bon carnet d'adresses n'est après tout qu'un bottin, un annuaire téléphonique d'un certain niveau de sélectivité.

Dans ce livre, ce qui nous intéresse, c'est la mort des réseaux et les avatars de leur agonie. « Métempsycose des réseaux Foccart » - tel aurait pu en être le titre, s'il n'était pas aussi hermétique que prétentieux. Notre but était d'identifier, déjà dans le formol ou encore in vivo, des lambeaux de réseaux militaires, politiques, économiques ou - néologisme utile - « sociétaux ». Notre thèse, on l'aura compris : les réseaux franco-africains se transforment, plus ou moins rapidement mais inexorablement, en lobbies. Quant à la présentation, nous avons fait confiance à l'éprouvé. Comme dans le premier tome de Ces Messieurs Afrique, dont une réédition - augmentée d'une nouvelle introduction - est d'ailleurs mise en vente pour l'occasion, nous partons dans chaque chapitre d'une « affaire » que nous tâchons, après enquête, d'élucider. Cependant, il fallait payer tribut à la dépersonnalisation des rapports franco-africains. Cette fois-ci, les affaires traitées ne révèlent donc plus un homme, mais un environnement. Au portrait individuel succède la prise de vue collective, la radioscopie d'un milieu. Ainsi, au fil des pages, on comprendra qu'au moment où le « village » franco-africain se meurt, les « Messieurs Afrique » se multiplient... Toutefois, pour ne pas donner le vertige au lecteur et, aussi, pour réparer une insuffisance du premier volume, un index a été ajouté en fin d'ouvrage, recensant les protagonistes des deux tomes parus. Comme dans le passé, nous les avons tous rencontrés - souvent à maintes reprises -, sauf pour les rares qui, à l'instar de l'actuel P.-D. G. d'Elf, Philippe Jaffré, ont obstinément refusé toute entrevue. Quant aux premiers, de feu Jacques Foccart au cardinal Etchegaray en passant par le général Quesnot ou le Monsieur Afrique d'Elf, André Tarallo, qu'ils soient ici d'autant plus sincèrement remerciés que nous ne les avons pas, pour autant, ménagés. Enfin, que soient également remerciés, au moins par prétérition, tous ces anonymes qui, pour des raisons souvent désintéressées, nous ont confié des secrets, petits ou grands, expliqué les arcanes du pouvoir, remis des documents confidentiels ou fourni des preuves sans lesquelles nous aurions été en peine d'affirmer ce qui suit.

« Des réseaux aux lobbies », c'est le fil conducteur de la première partie du présent ouvrage. Composée de cinq chapitres et, donc, d'autant d'enquêtes sur des « affaires » très variées, elle s'ouvre sur le réseau Foccart qui, bien avant le décès du « conseiller personnel » de Jacques Chirac, s'est dépravée en tutelle politico-affairiste, notamment dans l'ex-Zaïre. On verra comment, jusqu'à sa mort qui coïncide d'ailleurs avec le naufrage du maréchal-président Mobutu, Jacques Foccart a engagé la France sur ce dossier important - et sur quelques autres, sans parler de son pouvoir réel en matière de nominations. Également constitués en réseau, les généraux « africanistes » de l'armée française sont présentés dans le chapitre suivant, en action en République centrafricaine et, surtout, dans leur engagement au Rwanda. Des documents confidentiels révèlent qu'ils avaient été couverts par le Quai d'Orsay dans leur soutien jusqu'au-boutiste au régime du général-président Habyarimana. Objet d'une large fresque, « Elf-Africaine », au coeur d'une affaire d'État qui a longtemps été réduite à un tableau de moeurs de ses dirigeants, donne ensuite lieu à une exploration des coulisses financières du groupe pétrolier et, en particulier, d'une banque aussi secrète que sélecte : la FIBA, le « guichet » d'Elf et de la nomenklatura gabonaise à Libreville, à Brazzaville et, avec siège social sur l'avenue Georges-V, à Paris. Le quatrième chapitre de cette première partie est consacré aux patrons français « investis » en Afrique et, en particulier, à la filière du coton que domine toujours la Compagnie française de développement des fibres textiles (CFDT), autre pan de réseau en voie de privatisation. Enfin, pour parachever ce dégradé de réseaux en lobbies, en touche finale au camaïeu de la « désétatisation », le nouveau monde des consultants fait comprendre pourquoi les « faiseurs d'image » des présidents africains, des privés très concurrentiels entre eux, s'adossent à des hommes politiques français d'influence sur le continent, comme par exemple Charles Pasqua. Ainsi, en bouclant la boucle, la nécrologie des réseaux peut se lire, aussi, comme l'heureux registre des nouveau-nés : les lobbies. Enfants légitimes d'une certaine « normalisation » de l'Afrique, ils émergent sous nos yeux, se cherchent et se perdent, dans leurs popres dérives, comme hier les réseaux.

Précisément pour tester nos idées dans le clair-obscur, nous consacrons la seconde partie de ce livre à trois network à part, chacun d'entre eux ayant sa spécificité. D'abord nous examinons deux phénomènes hybrides, des réseaux ou lobbies « virtuels », prêts à l'emprunt politique ou affairiste : la fratrie des francs-maçons, véritable who's who du gotha franco-africain, et la phratrie des Corses, parmi lesquels on retrouve Charles Pasqua comme promoteur d'une « zone franche financière » à Sa<7F>o Tomé, coquille off shore d'un continent de casinos et de jeux de hasard. Enfin, pour conclure, nous n'avons pas résisté à un malin plaisir. L'ultime chapitre traitera du dernier « vrai » réseau, planétaire et bien vivant celui-ci, malgré la crise des vocations. Omniprésent sur le continent, jusqu'au fin fond de la brousse, il s'agit du réseau du Vatican. On verra comment, dans le contexte des massacres à grande échelle des réfugiés hutus dans l'est du Zaïre, le Saint-Siège a dû faire face à la remontée de deux vérités diamétralement opposées : le témoignage d'un missionnaire accréditant des tueries génocidaires, d'une part, et la négation de celles-ci par l'évêque de Goma, d'autre part. L'Église-institution ne s'est pas engagée et, au bord des charniers, n'a montré qu'un seul souci : celui de la survie de son réseau.

Lire la suite www.maxpages.com/tchad1/francafrique6


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